Monday, April 14, 2008

Avenue Foch, j'achète !

Hôtels particuliers, villas, piscines, Bugatti et Mercedes... La police a enquêté sur le patrimoine de cinq chefs d'Etat africains en France. Cette démarche avait été interprétée à la mi-2007 comme une rupture avec la " Françafrique ". Depuis, l'affaire a été classée sans suite.

C'est un monde enchanté où l'on vogue d'une villa de 9 pièces avec piscine à Nice à un hôtel particulier de l'Ouest parisien. Un univers surréaliste peuplé de Bugatti payées cash plus de 1 million d'euros. Un microcosme constellé d'une myriade de comptes bancaires. Oligarques russes ? Rois du pétrole saoudiens ? Stars d'Hollywood ? Non : chefs d'Etat africains producteurs de pétrole pour la plupart, mais dont les populations comptent parmi les plus pauvres de la planète.

Le fait que des dirigeants du continent noir investissent dans l'immobilier en France, qu'ils séjournent à Paris dans un luxe inouï, que leurs familles bénéficient de largesses financées dans la plus grande opacité n'est pas une révélation. Mais, cette fois, l'inventaire de ce patrimoine vertigineux n'est pas dressé par des militants tiers-mondistes en lutte contre la " Françafrique ". Il se lit dans les 34 procès-verbaux rédigés entre juin et novembre 2007 par les policiers de l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF).

Cette enquête policière, dont Le Monde a pu prendre connaissance, a été ouverte par le parquet de Paris en juin 2007. Elle faisait suite à une plainte pour " recel de détournement d'argent public " déposée en mars par trois associations françaises, visant cinq chefs d'Etat : le Gabonais Omar Bongo Ondimba, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Burkinabé Blaise Compaoré, l'Angolais Eduardo Dos Santos, et le Guinéen Teodoro Obiang.

Au fil des centaines de pages du dossier se dessine une singulière carte du Paris africain, sorte de Monopoly où les présidents auraient jeté leur dévolu sur les artères les plus huppées. Foisonnant et cossu, le patrimoine immobilier est surtout localisé " dans des quartiers à forte valeur marchande, soulignent les policiers. Paris 16e, 8e et 7e arrondissements pour Omar Bongo et son épouse, Paris 16e et Neuilly-sur-Seine pour Jeff Bongo - un des fils d'Omar Bongo - , Le Vésinet pour le frère de Denis Sassou Nguesso, Courbevoie pour Wilfrid Nguesso - neveu du président du Congo - ou Paris 16e pour Chantal Compaoré - épouse du président burkinabé - ".

La découverte la plus spectaculaire se situe entre les Champs-Elysées et la plaine Monceau, dans le 8e arrondissement de la capitale. Là, un hôtel particulier a été acquis le 15 juin 2007 pour la somme de 18,875 millions d'euros par une société civile immobilière (SCI). Celle-ci associe deux enfants du président gabonais, Omar Denis, 13 ans, et Yacine Queenie, 16 ans, son épouse Edith, qui se trouve être la fille du président congolais Denis Sassou Nguesso, et un neveu de ce dernier, Edgar Nguesso, 40 ans.

Au total, sont répertoriés 33 biens (appartements, hôtel particulier et maisons) appartenant au Gabonais Omar Bongo ou à sa famille, et 18 autres dont le président congolais et ses proches sont propriétaires. Le patrimoine de loin le plus imposant concerne M. Bongo lui-même. Son nom est associé à pas moins de 17 propriétés immobilières, dont deux appartements avenue Foch (88 m2 et 210 m2) et un de 219 m2 lui aussi situé dans le 16e arrondissement. A Nice, une propriété " est constituée de deux appartements (170 m2 et 100 m2), trois maisons (67,215 m2 et 176 m2) et d'une piscine ", précise le procès-verbal. " Un chef d'Etat, en fonctions depuis quarante ans dans un pays pétrolier et qui a des revenus officiels importants, peut économiser suffisamment d'argent pour acheter plusieurs appartements à Paris, explique Me François Meyer, avocat d'Omar Bongo et de sa famille. Surtout avec les prix très bas de l'immobilier pratiqués il y a vingt ou trente ans. "

Selon les policiers, le président Bongo dispose de quatre adresses distinctes à Paris. Ali Bongo, qui est son fils et aussi son ministre de la défense depuis 1999, est également propriétaire avenue Foch tandis que son épouse Edith possède deux immenses logements dans le 7e arrondissement, non loin de la tour Eiffel. De Nice à Neuilly-sur-Seine en passant - souvent - par le 16e arrondissement parisien, l'enquête recense aussi les propriétés de Jean Ping, ex-gendre d'Omar Bongo et actuel ministre des affaires étrangères, et d'autres fils du président gabonais comme Omar-Denis junior et Jeff, ainsi que de filles comme Audrey, Yacine Queenie, ou petite-fille comme Nesta Shakita.

En comparaison de ce petit empire immobilier, les autres chefs d'Etat visés apparaissent comme de petits propriétaires. Discret, le président congolais Denis Sassou Nguesso ne fait qu'" utiliser ", selon les policiers, la Villa Suzette du Vésinet (Yvelines). Cette coquette demeure de 485 m2 était juridiquement la propriété de son frère Valentin, jusqu'à ce que, quelques semaines avant le décès de ce dernier à la fin 2004, elle soit cédée à une société de droit luxembourgeois aux actionnaires anonymes.

Les enquêteurs ont également répertorié un appartement de 9 pièces acheté à Paris (17e) en 2007 pour 2 470 000 euros par l'épouse du président congolais Antoinette Sassou Nguesso. Ils mentionnent aussi le logement de 10 pièces à 1 600 000 euros acquis en 2005 à Paris par leur fils Denis Christel, ainsi que l'hôtel particulier de 7 pièces avec piscine intérieure à Neuilly-sur-Seine acheté 3,15 millions d'euros en 2006 par Julienne, leur fille cadette.

Les mêmes policiers n'ont découvert aucun bien immobilier appartenant au président angolais Dos Santos ni au Burkinabé Blaise Compaoré. Seule la déclaration d'impôt sur la fortune de Chantal, l'épouse de ce dernier, a montré qu'elle possède deux biens immobiliers à titre personnel dans le 16e arrondissement. Dans le même quartier, le président guinéen Teodoro Obiang est propriétaire d'un appartement. Epluchant les fichiers fiscaux et bancaires, les enquêteurs de l'OCRGDF ont non seulement dressé la liste des biens immobiliers, mais aussi des comptes bancaires accueillant en France les avoirs de dirigeants africains et de leur famille.

Ainsi, Edgar Nguesso ne possède pas moins de 12 comptes dont 7 courants. Mais aucun n'apparaît au nom de son oncle, le président du Congo. Son homologue gabonais, lui, est titulaire de 11 comptes ouverts à Paris, Nice ou Créteil dont 6 comptes courants.

Dans leur élan, visiblement ébahis par leurs découvertes, les policiers ont étendu leurs investigations au domaine des voitures de luxe, qui n'était pas explicitement visé par la plainte. Chez les concessionnaires Mercedes, Bugatti ou Aston Martin, ils ont retrouvé ce qu'ils n'avaient pas obtenu pour les appartements : les chèques et les virements ayant servi aux paiements.

" Le financement de certains véhicules apparaît pour le moins atypique ", notent les enquêteurs, maniant l'euphémisme à propos de " ce parc automobile conséquent ". Les deux Ferrari acquises pour près de 400 000 euros par Ali Bongo, la Maybach à 424 477 euros d'Edith Bongo, les trois Bugatti à 1 million d'euros pièce fabriquées spécialement pour Teodoro Nguema Obiang, le fils du président de Guinée équatoriale, ont été payés au moyen de chèques tirés par des sociétés au profil opaque.

De même, notent les policiers, Wilfrid Nguesso, neveu du président congolais, " règle le solde d'achat d'un véhicule Aston Martin type DB9 par un virement émis par Matsip Consulting ", une société de droit luxembourgeois aux associés inconnus qui apparaît également comme propriétaire de la Villa Suzette du Vésinet.

Le fils du président de la Guinée équatoriale a, lui, acheté au total en France " une quinzaine de véhicules pour un montant estimé de plus de 5,7 millions d'euros ", acquittés là encore par des virements de sociétés intermédiaires. Son nom, Teodoro Nguema Obiang, a été cité en 2004 dans un rapport du Sénat américain sur les transactions suspectes couvertes par la Riggs Bank qui, à Washington, gérait alors plus de 60 comptes au nom des responsables de ce petit Etat pétrolier et de leur famille.

En fait de " financement atypique ", les enquêteurs français se sont vivement intéressés au chèque de 390 795 euros tiré en février 2004 par la " paierie du Gabon en France " pour régler la " Maybach 57 " (une marque allemande concurrente de Rolls-Royce) de couleur " bleu Côte d'Azur " destinée à " Madame la Présidente Edith-Lucie Bongo-Ondimba ". A en croire ce chèque, dont la copie figure au dossier, l'argent public gabonais financerait le véhicule de grand luxe de la première dame du pays, qui n'a pourtant aucune fonction officielle.

Le même compte de la " paierie du Gabon " ouvert à la Banque de France et utilisé pour régler les frais de fonctionnement de l'ambassade à Paris a servi à financer la moitié d'une Mercedes à 75 858 euros dotée d'un " toit ouvrant panoramique " achetée en septembre 2006 à Paris par Pascaline Bongo, la fille du président, qui est aussi sa directrice de cabinet. Curieusement, le reliquat de 41 370 euros a été acquitté par un chèque signé de Me François Meyer, avocat du président Bongo. " Cela peut étonner, admet Me Meyer. Mais je peux faire des cadeaux à la fille du président Bongo, que je connais depuis vingt ans. "

D'où vient l'argent ? Au vu de ce somptueux état des patrimoines, la question de l'origine des fonds s'impose. L'apparente disproportion entre la richesse immobilière accumulée et les revenus publics des propriétaires aurait pu suggérer de poursuivre des investigations dans les comptes bancaires ayant permis pareilles transactions.

Le salaire mensuel officiellement versé par l'Etat gabonais au président Bongo ne se limite-t-il pas à 14 940 euros, selon l'hebdomadaire Jeune Afrique ? Celui du président Sassou Nguesso n'est-il pas de 30 000 euros, comme l'indiquent d'autres sources ? Quant à Teodoro Obiang, ministre de l'agriculture et des forêts de son père, ne perçoit-il pas officiellement 5 000 dollars (3 400 euros) par mois, d'après des sources américaines ?

Des investigations plus approfondies auraient dépassé le cadre de l'enquête préliminaire de police. Elles supposeraient l'ouverture d'une information judiciaire et la désignation d'un juge d'instruction. Une telle perspective a été écartée par la décision de classement, notifiée le 15 novembre par le parquet de Paris. Mais le dossier pourrait être rouvert si les associations parvenaient à déposer une nouvelle plainte, assortie cette fois d'une constitution de partie civile, comme elles en nourrissent le projet. Cette formule conduit automatiquement à la désignation d'un juge d'instruction, à condition que les plaignants prouvent leur " intérêt à agir ".

Même si un juge d'instruction était désigné, de sérieux obstacles surgiraient immédiatement sur sa route. Outre l'immunité dont peuvent se prévaloir des chefs d'Etat en exercice - mais pas leurs familles -, la difficulté résiderait dans la mise au jour des opérations à l'origine d'éventuels détournements. Il faudrait enquêter en Afrique, où des infractions auraient été commises, notamment dans les comptes publics. " La preuve que l'argent public a financé des dépenses privées se trouve dans le pays que contrôle précisément... le bénéficiaire ", résume un spécialiste du dossier.

Trois des cinq régimes concernés bénéficient du soutien indéfectible de Paris. Cet appui, renouvelé récemment par Nicolas Sarkozy, ne devrait pas fondamentalement être remis en cause par la récente sortie de Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat à la coopération, contre le " gaspillage des fonds publics " par certains Etats africains. Or une enquête destinée à faire la lumière sur d'éventuels " biens mal acquis " déborde rapidement les normes policières ou judiciaires. Elle suppose une véritable mise à nu de la relation franco-africaine.

Philippe Bernard
Le Monde – 1 février 2008

Most Economists Say Recession Has Arrived as Outlook Darkens

The U.S. has finally slid into recession, according to the majority of economists in the latest Wall Street Journal economic-forecasting survey, a view that was reinforced by new data showing a sharp drop in retail sales last month.

"The evidence is now beyond a reasonable doubt," said Scott Anderson of Wells Fargo & Co., who was among the 71% of 51 respondents to say that the economy is now in a recession.

The Commerce Department said Thursday that retail sales tumbled 0.6% in February; sales excluding volatile auto and parts decreased 0.2%. The decline reflected a sharp slowdown in consumer spending, the primary driver of U.S. economic growth, as Americans grapple with high gasoline prices and the credit crunch, as well as drops in home values and other asset prices.

The survey, conducted March 7 through March 11, marked a precipitous shift to the negative from the previous survey conducted five weeks earlier. For example, the economists now expect nonfarm payrolls to grow by an average of only 9,000 jobs a month for the next 12 months -- down from an expected 48,500 in the previous survey. Twenty economists now expect payrolls to shrink outright. And the average forecast for the unemployment rate was raised to 5.5% by December from 4.8% in the previous survey.

Much of the gloom stemmed from last Friday's employment report, which showed a loss of 63,000 jobs in February, the second consecutive monthly decline. "My recession call comes from the employment data," said Stephen Stanley of RBS Greenwich Capital. "It struck me as a recessionary number."

Twenty-nine of 55 respondents said they expect the economy to contract in the current quarter and 25 expect it to do so in the second. The average of all the forecasts is for meager growth -- just 0.1% at an annual rate in the current quarter and 0.4% in the second.

Although the classic definition of recession is two consecutive quarters of declines in the gross domestic product, Mr. Stanley pointed out that the National Bureau of Economic Research, the nonpartisan organization that is the official arbiter of when recessions begin and end, doesn't necessarily follow that definition. "If you go back to the 2001 recession, there was only one negative GDP quarter, and there might not even be one negative quarter in this recession," he said.

The economists also expressed growing concerns that a 2008 recession could be worse than both the 2001 and 1990-91 downturns. They put the odds of a deeper downturn at an average 48%, up from 39% in the previous survey. Mark Nielson of MacroEcon Global Advisors said that "we recognize the previous two recessions were mild and, if a recession does occur, it is likely to be slightly worse than the previous two."

Amid the concerns about the economy, respondents expect more action from the government and the Federal Reserve. Some 63% said the use of public money to deal with the housing crisis is now likely or certain, while on average they expect the Fed to lower its benchmark federal-funds rate to 2% by June from the current 3%.

Futures markets Thursday priced in certainty of at least a 0.5 percentage point cut in the Fed's rate target and up to 90% probability of a 0.75 point cut. Officials had, prior to this week, appeared unconvinced a 0.75 point cut was needed, given signs that inflation psychology is worsening. But those views may have been affected by continued upheaval in credit markets and the weak retail sales and employment data. Market participants say this would be a risky time to cut less than investors expect. The Fed will have to weigh the urgency of addressing the continued credit crunch against the risk of appearing unconcerned about inflation.

However, the Fed's job may be complicated by inflation concerns. The economists raised their average forecast for consumer-price increases to 3.5% by June, up from 2.7% in the prior survey. The change reflects persistently high oil prices and a 4.3% jump in prices last month from the year before. February's CPI data will be released Friday, and economists surveyed by Dow Jones Newswires expect a 4.5% increase from a year ago.

Even as the Fed has made clear that it is most focused at the moment on threats to economic growth, some central bank policy makers have continued to voice concerns about the possibility of resurgent inflation. The central bank has used unconventional methods to boost liquidity in the market; its goal is to limit the use of its bluntest weapon, interest-rate reductions, which can fuel price pressures.

Meanwhile, most forecasters expect a recovery to begin in the second half of this year, as the government's stimulus package and the Fed's interest-rate cuts begin to spur the economy. By the end of the year, the economists expect inflation still to be hovering at an uncomfortably high 2.7%, raising the question of when the Fed will start raising rates.

Some 84% of economists in the survey said the Fed was too slow to raise interest rates in 2003, and policy makers don't want to repeat that mistake. But "it's going to take some time even under the best of circumstances before the Fed can be comfortable that the economic situation has stabilized," said Bruce Kasman of J.P. Morgan Chase.

One thing is clear: The darkening economic outlook has made Ben Bernanke's job less secure, especially with a new president about to enter the White House. The economists gave the Fed chairman just a 59% chance of being reappointed in 2010. "If a Democrat is elected he won't be reappointed, and [presumptive Republican presidential nominee John] McCain may opt for another, too," said David Resler of Nomura Securities. "The problems occurred on his watch," added Ram Bhagavatula of Combinatorics Capital.

Phil Izzo - The Wall Street Journal